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Blessens, tombeau d’une mystérieuse celte 

(chapitre 2eme)

Si la construction du chemin de fer a révélé des vestiges romains (cf. chapitre précédent), le chantier du bâtiment de l’école a aussi apporté son lot de précieuses découvertes.

Les monnaies existantes au XVII et XVIIIème siècle sont les écus, le batz ou bache (il faut 4 kreutzer pour un batz), le rappe et les premiers francs fédéraux.

Au moyen âge, les bâtiments en bois avec toit de chaume ou de tavillons sont mesurés en toise et en pieds, surtout dans les bourgs ainsi que les terrains. Dès 1899, les mesures sont en perches (env. 90 cm pour une perche).

Au lieu-dit La Cornaz, on construit l’école primaire en 1913. Au cours du creusement des fondations, on découvre les vestiges d’une villa romaine. À proximité on fait la découverte d’une tombe très ancienne d’origine celtique. Le squelette d’une jeune Helvète de l’époque de la Tène (250-150 ans avant J.C.) a été mis à jour. Elle portait un bracelet de verre bleu, un fragment de « chaîne-ceinture » en bronze ainsi qu’une perle d’ambre. Le bâtiment scolaire est terminé en 1914 dans le style heimatstil bernois. Les ruines du « château » ont servi pour les fondations de l’école. Un clocher surmonte l’édifice avec une cloche imposante digne d’une église. En effet, lors d’incendie, d’alarme (guerre), le tocsin sonne. Lors de décès, le glas annonce l’agonie. La cloche résonnait ainsi selon un certain rythme, pour aviser les habitants assez dispersés avec cet habitat paysan.

 Un incendie, un crime crapuleux et l’arrivée du téléphone

Le tocsin sonne dans la matinée de septembre 1966, la ferme de la famille Marius Levrat (signifie lièvre, en patois Lévra, première souche française fin 1500 avec Bartholomé) brûle à Arlens. Malgré leur intervention, les pompiers de Blessens et des environs ne peuvent que sauver le bétail. Tout est parti en fumée et une grande solidarité s’organise autour de la famille. La ferme sera reconstruite au Gros Pra sur la route d’Arlens.

À côté de l’école se trouve l’ancienne laiterie, appelée au Moyen Âge, la fruitière. De l’autre côté de la route on découvre la ferme de la famille Louis Surchat. Avant 1403, cette famille est connue sous le nom de Sarchet (signifie commerçant) dans le comté de Savoie. En 1870, les frères Jean-Baptiste et Joseph Surchat achètent le château de Rue au Marquis Jules-Louis De Maillardoz. Ce dernier l’avait acquis de l’État de Fribourg en 1856. En 1873, ils revendent le château à Monsieur Ernest Ferber, industriel de Lyon, père de Ferdinand Ferber, pionnier de l’aviation.

En 1870, un dimanche matin, un cambrioleur s’introduit par les caves de la ferme Surchat. Joseph est seul avec Firmin, qui a 4 ans et demi. Le reste de la famille est à la messe dominicale, à Promasens. Firmin entendant des bruits va se cacher dans une chambre. Joseph se trouve nez à nez avec le voyou. Ce dernier, muni d’un couteau, l’assassine. Plus tard, un procès a lieu à Fribourg. Les entretiens se tenant en patois, Firmin n’a pas pu comprendre les débats et n’a pas reconnu le cambrioleur, qui a été libéré. Mais il y a une justice : quelques années plus tard il a été arrêté, jugé et condamné. Léonard Surchat (famille de Blessens depuis 1586), papa de Louis, était Colonel de l’armée suisse dans le train (les chevaux), on comprend l’engouement de Louis pour la cavalerie militaire et sportive. Il était incorporé dans les dragons. Au début du XXème siècle, le téléphone arrive et c’est la ferme Surchat, proche de l’école et de la laiterie, lieux de passage des habitants pour se rendre à Rue, Vauderens ou Promasens, qui en devient dépositaire. En 1885, un membre de la famille, M. Pierre Surchat, se rend en pèlerinage à Jérusalem. Ce fut une grande aventure.

Un soldat tombe à la frontière

Le blason : de gueules au lion d’argent, Blessens releva le lion des armoiries des anciens ministériaux de ce nom, en adoptant les couleurs du district de la Glâne en 1941.

Le 9 janvier 1941, on apprend que le militaire Monsieur Alexandre Prélaz (signifie pré ou prairie), famille de Rue depuis 1332, fils de Louis, a été tué par une sentinelle allemande à Ferney-Voltaire. Le 31 mai 1949, un gros incendie se déclare à la ferme de Monsieur Albert Devaud. On déplore 3 blessés légers, soit Messieurs Léonard Prélaz, capitaine des pompiers, son fils Joseph Prélaz ainsi qu’Antonin Favre.

 Blessens star sans le sou du petit écran

En 1988, la TSR consacre une émission à Blessens. À voir ou à revoir en ligne, en consultant les archives de la RTS. C’était dans l’émission « Tell quel » du 11 novembre 1988 et le titre du reportage annonce la couleur : « Fauché comme les blés ». Le village est englué dans d’inextricables difficultés financières et les autorités se démènent pour trouver des solutions et de l’aide. Des propos et des images qui valent leur pesant d’enrobé bitumeux : le modeste budget de Blessens était plombé par les charges liées et elle ne pouvait plus faire face à l’entretien de ses routes.

Dans le bâtiment de l’école a vécu dès 1991 un peintre reconnu internationalement : Youri (Juri) Siomash, d’origine ukrainienne, de son vrai nom complet Yury Petrovich Semash (1948-2010). Sa tombe se trouve au cimetière de Promasens.

 Roger Perriard