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Julien Dorthe

ding dand dong

Julien Dorthe aime les traditions agricoles, spécialement ce qui touche à l’art campanaire, soit l’art des cloches. Devenu fin connaisseur, il tente de dégotter celles qui peuvent représenter la richesse de notre patrimoine. Il présente, avec grand bonheur et à tout intéressé, la collection soigneusement rangée dans son écurie.

Julien est né en 1987 à Eschiens. Après quelques années d’expatriation pour sa formation d’agriculteur, puis d’ingénieur agronome, il est de retour depuis 6 ans. En juillet dernier, lui et son épouse ont racheté la maison familiale, rénovée par son papa, menuisier-ébéniste. Cette petite ferme en bois a tout pour accueillir toutes les prunelles de ses yeux : d’abord sa famille, puis ses cloches. Julien détaille : « Mon papa avait tout refait. On a juste modifié l’écurie pour héberger ma collection. On espère encore transformer l’étage du dessus, pour faire une salle dédiée aux événements autour des cloches. »

Une précieuse collection à mettre sous cloche

La passion des cloches l’a attrapé durant son enfance. Julien se rappelle : « J’ai toujours adoré les vaches, j’en ai fait mon métier. Mais, n’ayant pas de domaine, je suis maintenant nutritionniste bovin. Durant mon apprentissage, ma grand-maman m’a offert une cloche qui est d’ailleurs dans ma collection. Je me suis intéressé à son histoire et j’ai été pris au jeu. »

Une cloche raconte beaucoup à qui saura la lire : « C’est comme une BD. Il a plein de motifs, par exemple religieux, pour la protection des troupeaux ou historiques. Quand on les analyse, c’est passionnant. »

Pour les néophytes, le fabricant d’une cloche s’appelle un fondeur et d’après Julien, il y en a eu énormément en Suisse. « Mon but serait d’avoir une cloche par fondeur de Suisse romande et de France voisine. Cela représente 250 marques différentes. Je suis aussi passionné par l’histoire, ma priorité est la préservation de ce patrimoine. »

Les premiers fondeurs sont apparus dans les années 1780. Il s’agissait d’artisans itinérants qui fabriquaient les cloches devant les fermes. Un pionnier suisse venait de Vulliens. Jusqu’alors ces artisans venaient essentiellement du Piémont. Dans les années 1800, les fondeurs se sont petit à petit établis. Julien explique : « Sur chaque cloche, il y a en principe, le timbre du fondeur et le lieu. Si cela n’est pas indiqué, on arrive à retrouver d’après les motifs utilisés, la forme de la cloche. Chaque fondeur a sa marque de fabrique. » Aujourd’hui, la technique est toujours la même. Le nombre de fabriques a fondu : il n’en existe plus que quelques-unes. Les cloches n’ont plus beaucoup la cote.

Se faire sonner les cloches ?

Si, parfois, leur timbre dérange, avant de les faire taire, il est bon de savoir que le son varie de l’une à l’autre. Une cloche se mesure en « livres », selon un catalogue plus ou moins établit de 10 grandeurs.

La matière va changer selon les régions, Julien l’explique avec aisance : « Celles en bronze sont dans les régions alpines. À l’est de la Suisse, on trouve plutôt des cloches en tôle. ».

On imagine la complexité d’une telle collection avec tous ces critères. Des foires, des coffres ouverts ou des rencontres sont organisés à l’échelle suisse. « On se connaît tous entre collectionneurs. On fait des échanges, on partage nos expériences. Dernièrement, on a créé un club avec quatre autres passionnés. Notre but est d’ouvrir nos portes au public, d’expliquer tout ce patrimoine et éviter que des cloches partent à la déchetterie ou soient détruites. »

En juillet, ce campanophile qui affectionne également les rencontres humaines, organise une porte ouverte pour faire découvrir sa collection et parler sonnailles. « Cette année, nous avons accueilli une centaine de personnes entre la famille, les collectionneurs, la population locale, cela fait plaisir. Mais j’ouvre aussi mes portes sur demande tout au long de l’année. Les gens intéressés peuvent me contacter et j’organise une visite personnalisée avec un énorme plaisir ! »

Sonnailles, chenailles ou toupins ?

Quand on lui demande quelle est sa préférée parmi ses centaines de locataires, Julien rigole : « Toutes ! Mais j’avoue, j’aime bien les petites cloches car ce sont souvent les plus vieilles, des années 1800. Les vieux fondeurs n’avaient pas le matériel pour fabriquer les grandes. On peut presque parler de fonderie d’art. Celles-ci viennent de Vulliens et Semsales, si près de chez nous. Pour moi, c’est l’excellence ! »

Des centaines de termes pour désigner une cloche existent. Julien les résume : « La cloche, celle qu’on appelle toujours comme ça, est en bronze. Le métal en fusion est coulé dans un moule en sable. La sonnaille est une pièce forgée en acier, faite par un forgeron. Celle-ci change de terme selon la région : chenaille pour les Fribourgeois, toupin pour les Vaudois, etc. »

Qu’est ce qui cloche ?

Nous n’en parlons pas beaucoup mais une cloche sans sa courroie n’est pas vraiment la même. « C’est vrai qu’on ne les regarde pas trop mais une belle cloche doit pouvoir être portée à mon sens. On ne présente pas une cloche sans sa courroie. Si possible, on garde celle d’origine. Je ne mets pas une courroie neuve sur une vieille cloche, je cherche une qui lui correspond. Parfois j’achète des pièces pour les cuirs afin de les mettre sur d’autres cloches. »

Julien admet volontiers un peu sa folie. Il passe des heures à faire des recherches, à discuter, à nettoyer et lustrer ses achats, faire des visites. « Je me déplace volontiers à domicile pour des estimations, des conseils. C’est ça mon dada, je ne suis pas marchand, je déteste vendre. Si j’achète ce n’est que pour moi. Si la personne ne veut pas vendre, ce n’est pas un problème, la partie historique m’intéresse plus. Je tiens un répertoire. J’aime aller voir, découvrir, prendre des photos pour tenir mon recueil à jour. »

Dernier son de cloche

Avant d’être collectionneur, Julien défend, avec un enthousiasme communicatif, une richesse du patrimoine romand. Jean Fischart a dit : « Une ville sans cloche est comme un aveugle sans canne ». Grâce à la passion de Julien, notre cité est assurée de rester sur la bonne voie.

 Sophie Bosson

Pour des conseils, une visite ou juste par curiosité :
Julien Dorthe 079/717 64 84
julien.dorthe@gmail.com
www.tradison.ch