MDupont Photography
L’oeil tendre et la main sûre
Installée à Rue dans les anciens bureaux communaux, transformés en véritable cocon, Marjorie Baudois, 38 ans, accueille des familles, des amoureux et surtout des nouveau-nés. Ses images sont signées “M. Dupont Photography”, clin d’œil à son père Michel Dupont, artiste disparu : « J’ai gardé mon nom de jeune fille pour lui rendre hommage », confie-t-elle. « Il faisait des magnifiques dessins. Il était designer de cuisines pour vivre, mais à côté il a créé de magnifiques fresques et des tableaux incroyables. » Le goût artistique de Marjorie lui vient surtout de là.
Née à Promasens, Marjorie grandit entre ses parents séparés, découvre l’anglais comme jeune fille au pair en Angleterre, puis suit à Lausanne une école de couture, stylisme, et modélisme. Elle se fait une place dans la mode : responsable de collection chez Yendi à Bulle, adjointe chez New Yorker, merchandiser chez C&A et Newance à Oron. Trois ans par poste tout au plus : « J’ai la bougeotte », sourit-elle.
La photographie, qu’elle a toujours aimé, devient sérieuse il y a presque dix ans. Marjorie entame une formation en ligne à l’Institut de la photographie. Mais tout cela reste pour elle très théorique, donc elle complète sa formation par des cours pratiques. L’expérience, les erreurs assumées et sa curiosité font le reste. Après la naissance de ses deux garçons, elle reprend l’appareil « à fond » depuis trois ans. Elle ne tourne pas le dos pour autant à l’autre facette de sa vie professionnelle : la mode. Depuis l’automne dernier, elle garde quelques mandats de vente d’habits pour des boutiques. Ce qui lui permet de garder une forme d’équilibre : « Garder cet à-côté me permet de savourer chaque séance photo. Je m’ennuie vite et je n’aime pas la monotonie. »
Son calendrier photo est variable et suit le cycle de vie de ses clients. Elle organise trois fois par an des mini-shootings, les derniers de l’année ayant lieu en novembre et à Noël. L’hiver est plus calme, mais la photo reprend avec la Saint-Valentin, puis le printemps et l’été sont rythmés par les photographies de mariages. Entre deux, les naissances dictent le tempo des semaines. En ouvrant son studio, elle a su créer l’écrin idéal pour immortaliser ces premières semaines d’existence. « C’est presque de l’art : on les positionne, on ajoute des petites fleurs, on les emmaillote… tout le décor, cela devient une œuvre d’art. » La discussion avec les parents tient aussi une place centrale : « J’aime beaucoup parler de leur vécu, de comment ils vivent ça au quotidien. C’est un vrai moment de détente, de partage. Je recherche toujours ça, que les gens soient heureux, qu’ils se sentent bien. »
Ce qui la passionne ? « J’adore les gens. Je trouve que tout le monde est beau », dit-elle sans la moindre ironie. Son plaisir se trouve là où l’autre se détend et laisse paraître une expression que Marjorie cherche à immortaliser. Elle traque ces instants au détour d’un rire d’enfant ou dans un regard. Dans la nature qui entoure notre commune — les chutes de Chavannettes, notamment — ou dans la lumière feutrée du studio, elle compose des images où le vivant est en gros plan : « J’aime voir ce qui se passe dans les yeux, les expressions vraies. »
Marjorie collabore étroitement avec Marine Clément, fleuriste : « Elle arrive toujours à comprendre ce que je lui demande, même si c’est parfois compliqué », rit Marjorie. Elle rêve d’agrandir la garde-robe du studio avec des robes de grossesse pour mieux maîtriser l’harmonie d’un décor. Le maquillage professionnel ? Elle ne l’impose jamais : « On est très belles au naturel. Je propose si on me le demande, rien de plus. » Elle qui a mille idées en tête, affirme vouloir toujours améliorer sa façon de travailler : développer davantage les photos boudoir, et pourquoi pas un jour faire des shootings de mode : « des photos de style « magazine », ça pourrait être un projet, j’adorerais. » Une jolie façon d’unir sa formation initiale dans la mode et sa passion pour les images glacées.
Sa notoriété se construit petit à petit, au fil du bouche-à-oreille et de sa présence sur les réseaux sociaux. Pudique pour elle-même, elle reste soucieuse du consentement lorsqu’il s’agit de montrer son travail. Le premier contact avec elle se fait souvent via un message depuis son site ou depuis ses pages sur les réseaux sociaux. S’ouvre alors une discussion pour comprendre l’envie, puis pour fixer un rendez-vous sur mesure.
Parfois, certains (certaines, surtout) s’étonnent : « Je me suis trouvée belle sur vos photos. » Cette phrase la touche autant qu’elle la questionne. Grâce à son œil avisé, Marjorie sait mettre en valeur son sujet grâce à un simple détail : une épaule mieux placée, un menton relevé, deux millimètres de rotation. Ça change tout. Elle constate aussi que ce sont surtout les femmes qui sont le plus exigeantes avec elles-mêmes, alors qu’un homme sera plus facilement satisfait.
Le local qu’elle occupe à Rue aujourd’hui est partagé avec le tatoueur Stéphane de « SteFlower », rencontré par l’entremise d’amis. « Son univers, c’est un peu moi au masculin. On s’entend très bien. » Elle porte d’ailleurs l’un de ses dessins sur la peau.
Quand on lui demande si son inspiration vient d’Anne Geddes, célèbre photographe pionnière des bébés en décor, elle sourit : « J’ai bien aimé son travail, mais ce n’est pas forcément elle qui m’a donné l’inspiration. » Elle suit particulièrement le travail d’une photographe bretonne, Mille et une plumes, dont elle aime la poésie. Sinon elle affirme commencer à se connaître : accepter l’erreur, savoir se remettre en question, observer le travail des autres sans se comparer, recommencer. L’important est de garder ce regard attentif qui sait capter, dans une expression ou une posture, la beauté discrète ou l’émotion fugace.
Au fond, Marjorie Dupont photographie ce qu’elle aime : la famille, les liens, l’amour, l’amitié, les gens. Sa passion est d’immortaliser ces instants d’émotions pour les rendre plus durables, ou plus tangibles. Ses photos sont finalement les preuves de l’amour que les gens se portent. Aux autres, entre eux ou à eux-mêmes.
Virginie Barrelet
Lien :
mdupont.ch