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Hubert Rigolet

une bonne tranche de savoureux souvenirs

Le papa de la Société de développement, née en 1972, a fait et aimé des tas de choses dans sa vie. Tout est parti d’un défi radiophonique, d’une Société de jeunesse pleine de répartie et d’un prix qu’il fallut – si possible – utiliser intelligemment.  

Sans lui, la plus petite ville d’Europe et ses environs n’auraient sans doute pas le même visage. Rien n’était pourtant prémédité. À la fin des années 60, Hubert Rigolet est l’heureux président d’une Société de jeunesse florissante, réunissant une bonne équipe dotée d’un talent pour les planches. Le succès est au rendez-vous : un hiver, elle aligne 16 représentations théâtrales à guichets fermés ! À l’époque, la Radio suisse romande (celle qui cause dans le poste via l’émetteur de Sottens) propose une émission baptisée « La bonne tranche ». Animée par Guy Fermaud (Michel Dénériaz lui succédera à ce micro), c’est une sorte de Trivial Poursuit radiophonique entre localités de Suisse romande. Hubert Rigolet incite la commune à tenter l’aventure, celle-ci décline l’invitation. Qu’à cela ne tienne : c’est la troupe de la Société de jeunesse qui se jette à l’eau. Elle barbote plutôt bien, hissant Rue à la 3e place du podium. Hubert se souvient que son équipe avait notamment devancé La Brévine (bloquée dans une congère ?), avant de s’incliner face à Chardonne, en demi-finale. Ce parcours déboucha sur l’encaissement d’un prix plus qu’appréciable : 40’000 francs ! Tous les habitants purent en profiter et … s’asseoir dessus, puisque le premier investissement financé était une série de bancs publics, gravés en hommage à « La bonne tranche ».

L’école et l’armée comme ascenseurs

Né le 17 août 1947 dans une famille paysanne, Hubert aimait bien participer aux travaux de la ferme et des champs. Mais il appréciait aussi l’école : élève studieux, il engrangeait des notes frôlant d’excellence. Après deux ans « d’école secondaire paysanne », à Rue, il n’était pas possible d’en faire plus sur place. À 13 ans, armé de sa plus belle plume, Hubert écrit donc lui-même au Cycle d’orientation de Romont de l’époque (le collège St-Charles), pour demander à être admis en 2e année. La lettre devait être bien tournée, puisque sa requête fut agréée. Après un apprentissage de commerce, Hubert travailla au Service des contributions, à Fribourg.

Le jeune président de la Société de jeunesse plein d’idées est appelé sous les drapeaux, à Sion, dans l’artillerie. Le vert-de-gris lui convient bien aussi : école de recrues, école de « sous-off », paiement des galons et grade de fourrier à l’arrivée. Même la cohabitation avec les Suisses allemands, largement majoritaires (11 romands sur 120 militaires à l’école de fourriers ; 1 compagnie francophone pour 4 germanophones à Sion), était harmonieuse et pacifique. Certains produits du terroir valaisan contribuent-ils peut-être à combler le Röstigraben ?

Les trajets quotidiens jusqu’à Fribourg n’étaient pas une sinécure. Hubert est donc tout heureux de devenir un beau jour comptable au sein de l’entreprise Ascenseurs Ménétrey SA. Il en ressortira 41 ans plus tard, après être devenu responsable RH et vu l’effectif passé de 68 à 138 collaborateurs.

Politique, culture, patrimoine et développement

Hubert a aussi beaucoup mouillé la chemise pour la chose publique : il a siégé au Conseil communal durant deux législatures et sa fonction de vice-syndic n’était pas de tout repos, le syndic étant souvent accaparé par son métier. Les bancs du législatif l’ont aussi hébergé, durant deux périodes. Il a même présidé au pied levé la séance constitutive du tout premier Conseil général, la doyenne ayant été empêchée d’officier à la dernière minute.

Parmi les réalisations de la Société de développement, quelques-unes gardent une saveur particulière pour Hubert. Il est spécialement fier des stations aménagées tout au long du Sentier du Sage, à Rue. Et de l’expo « rétro » René Conus. 80 propriétaires de toiles avaient accepté de les prêter pour l’occasion et le calendrier commémorant l’événement s’était vendu à 1’800 exemplaires.

Il y a quatre ans, un AVC engendrant des problèmes d’équilibre a mis un sérieux coup de frein à l’entrain d’Hubert. Il a donc posé ses valises au Foyer Notre-Dame Auxiliatrice, à Siviriez. Lequel a – aussi et par conséquent – hébergé des réunions spéciales de la Société de développement et du Chœur Mixte (au sein duquel Hubert était aussi fortement impliqué). Il fallait bien trouver moyen d’assurer une transition en souplesse ! Depuis qu’il ne peut courir pour organiser ceci, cela, et encore autre chose, Hubert s’est reconverti en fervent amateur de sports télévisés. Ils regardent les autres courir et transpirer…

La très grande dame de son cœur

Quand on discute avec Hubert, il y a un mot qui revient très souvent : le verbe aimer. Il a aimé récolter les patates, aller à l’école, faire l’armée, travailler chez Ménétrey (« une deuxième famille »), rédiger et écrire avec une belle plume, monter sur scène, s’investir pour le développement de sa ville natale. À côté de tout ça, il reste toutefois encore une grande place dans son cœur pour une immense artiste, à la fois auteure, compositrice et interprète : Françoise Hardy. Hubert possède la collection complète de ses œuvres. Il n’a pas hésité à se rendre jusqu’à Gex, Lyon, ou encore Zurich, pour dénicher les pièces rares. Quand il a pris sa retraite, il a reçu un cadeau extraordinaire et unique : un portrait de Françoise Hardy, réalisé par Yvan Ménétrey. Ce tableau trône d’ailleurs dans sa chambre. Hubert est donc toujours en bonne compagnie. S’il existait un « Question pour un champion » spécial Françoise Hardy, Hubert raflerait la mise à tous les coups. Cela ferait une nouvelle cagnotte à dépenser ! Pour inaugurer un musée à Rue, dédié à celle qui allait « seule par les rues, l’âme en peine » ?

 Marinette Boillat Chatton