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Hivers et jardin

un équilibre discret, mais de plus en plus fragile

En hiver, on croit souvent que le jardin se met sur pause. Pourtant, même sans être spécialiste, on remarque vite que ce n’est pas tout à fait vrai. Et comme les hivers sont de moins en moins réguliers, plus doux, plus courts, ou parfois complètement décousus, cela change beaucoup la manière dont le jardin fonctionne.

En janvier, le jardin n’a franchement pas l’air très vivant. La plupart des arbres n’ont plus rien sur les branches, les massifs sont retombés, et l’herbe reste écrasée par le gel quand il y en a. On peut facilement croire que tout est complètement arrêté. Mais si on prend le temps d’observer un peu, on se rend compte qu’il reste de la vie, juste moins visible. Sous un tas de feuilles, un hérisson peut être en train d’hiberner. Dans une mare, même gelée, une grenouille reste dans la vase, où la température est plus stable. Et un peu partout, sous des pierres, dans des tiges creuses, on trouve des insectes immobiles mais bien vivants. Ce n’est pas du mouvement, mais ce n’est pas mort non plus.

Le sol, de son côté, n’est jamais totalement à l’arrêt. En surface, il peut être aussi dur qu’une dalle, mais à quelques centimètres en dessous, ça vit. Les bactéries et les champignons décomposent encore les matières végétales. Beaucoup plus lentement qu’en été, mais suffisamment pour que les nutriments se forment pour la saison suivante. C’est un fonctionnement au ralenti, mais un fonctionnement quand même. Et même si on ne le voit pas, c’est essentiel pour la suite.

Les plantes, elles, entrent en dormance. C’est un mot un peu technique pour dire qu’elles attendent. Elles stoppent presque toute leur activité visible, mais les racines, elles, continuent un minimum. Les bourgeons qu’on voit sur les branches ne sont pas nouveaux : ils sont là depuis l’automne, prêts à repartir au bon moment. Et c’est justement là que les hivers qui changent posent problème.

Avec le dérèglement climatique, les hivers deviennent incohérents : un coup très doux, un coup très froid, parfois dans la même semaine. Certaines plantes pensent que le printemps arrive et commencent à se réveiller trop tôt. Puis un gel tardif tombe et les abîme. Les fruitiers, qui ont besoin d’un certain nombre d’heures de froid pour bien fleurir, sont parfois « perdus » si l’hiver est trop doux. À l’inverse, certains insectes qui devraient disparaître en hiver survivent en plus grand nombre, ce qui crée des problèmes au printemps (pucerons, maladies, etc.). Même quelqu’un qui n’y connaît pas grand-chose peut remarquer que « quelque chose cloche ».

Pour l’entretien, l’hiver ne demande pas une grande liste, mais les quelques gestes utiles sont importants. Les plantes sensibles au gel doivent être protégées avec un voile d’hivernage ou un paillage épais. Le but n’est pas de les réchauffer, mais de limiter les variations brusques de température. Les plantes en pot sont encore plus fragiles : elles gèlent plus vite. Les mettre contre un mur ou les surélever un peu permet de limiter les dégâts.

Pour les oiseaux, c’est simple : il y a moins de nourriture naturelle. Installer une mangeoire avec des graines adaptées est utile, surtout si on le fait régulièrement. Une coupelle d’eau à dégeler de temps en temps rend aussi service. Les tas de feuilles ou les tiges sèches qu’on laisse dans un coin (même si ça paraît « mal rangé ») servent d’abri à beaucoup de petites bêtes.

Certaines habitudes sont franchement inutiles en hiver. Tondre la pelouse ne sert à rien : elle ne pousse pas. Mettre de l’engrais non plus : le sol froid l’absorbe très mal et une partie est simplement lessivée. Le sel pour déneiger abîme le sol et brûle les racines, même si on ne le voit pas tout de suite. Le sable ou la cendre sont de meilleures alternatives. Et pour les arbres, on ne fait que le minimum : retirer les branches mortes ou dangereuses. Les vraies tailles attendent.

Une chose utile avec l’hiver, c’est qu’il permet d’observer ce qu’on ne voit pas le reste de l’année. Sans les feuilles, on voit bien la structure des arbres : les branches mal placées, les fourches fragiles, les zones déséquilibrées. On remarque aussi où l’humidité reste trop longtemps, où le gel persiste, ou encore quelles zones ne voient jamais le soleil. La mousse, souvent plus visible en hiver, peut indiquer que le sol est tassé ou mal drainé. Ce ne sont pas des analyses de spécialiste, juste des observations qui aident à mieux préparer le printemps.

Pendant l’hiver, on n’a pas grand-chose à faire dans le jardin, mais il faut quand même garder un œil sur deux ou trois choses. Par exemple, vérifier que les protections n’ont pas été déplacées par le vent, jeter un coup d’œil aux pots pour voir s’ils ne se sont pas trop imbibés d’eau, ou repasser près des haies pour vérifier que rien n’a plié sous le gel. Ce ne sont pas de gros travaux, ce sont surtout des petits suivis qui évitent les mauvaises surprises au moment où tout repart.

Au final, le jardin ne s’arrête pas vraiment en hiver, mais il ne suit plus les mêmes règles qu’autrefois. Il continue de tourner doucement, mais avec un climat qui devient imprévisible, ses réactions changent aussi. Certains hivers sont tellement doux que les plantes se réveillent trop tôt, d’autres alternent gel et redoux à un rythme qui les perturbe clairement. On voit aussi plus d’insectes rester actifs, et des maladies qui normalement auraient dû être freinées par le froid reviennent plus vite. Bref, l’hiver reste une période importante, mais il faut maintenant la prendre comme elle vient, en s’adaptant un peu plus. Le jardin encaisse directement ces variations, et même sans être expert, on comprend vite que les choses évoluent et qu’il faut s’adapter.

 Franco de Andrea
avec l’aide de l’intelligence artificielle